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Vincent Cuvellier, auteur professionnel de son état, posait dans un de ses derniers posts bloguesques une question plutôt intéressante. Pour lui c’était un coup de gueule : il y a trop de profs dans les auteurs jeunesse et c’est ce qui tue le côté artistique car chacun cherche à faire du pédagogique et on ne se lâche jamais.

Vu mon métier originel, les interrogations du sieur m’ont interpellé.

Le constat est réel, la horde d’auteurs jeunesse est en très grande partie formée d’enseignants de tous poils. Attention, pas celle qui fait du best-seller, celle qui produit beaucoup de bouquins qu’utilisent les autres enseignants, ou eux-mêmes d’ailleurs, pour leur travail de classe. C’est sûrement là que ça ne va pas. La majorité des bouquins jeunesse sont réfléchis avec une arrière-pensée de raccrochage aux programmes scolaires. Ben oui, les enseignants ont, malheureusement pour les artistes, quelques contraintes quant au fait de rapprocher à peu près tout leur boulot d’une des lignes du programme officiel. Et encore, l’engouement pour les bouquins jeunesse est assez jeune. Même l’IUFM avait à son programme un pendant littérature jeunesse, pour dire l’importance qu’a pris la branche dans l’enseignement.

Pour ce qui est de l’art pour l’art, oui, les enseignants ne peuvent se limiter à cela.

Maintenant, venons-en au manque de liberté que se donnent les auteurs jeunesse aujourd’hui. Beaucoup, comme dit plus haut, imaginent leurs livres en fonction d’une thématique donnée (violence, tolérance, respect de l’autre, drogue…) ou d’événements historiques. Idem pour les albums. Vincent Cuvellier a d’ailleurs joué sur ces tableaux-là dernièrement pour ses albums. Ne sont-ce d’ailleurs pas ceux-là qui lui permettent d’être retenu actuellement à droite à gauche pour des prix ou des interventions, et même une nouvelle collection ?

Soyons réalistes, je dirais que jamais plus qu’aujourd’hui la littérature jeunesse n’a bénéficié de liberté en terme de thématique et que, justement, on voit bien dans les meilleures ventes que c’est tout autre chose que le pédagogique qui l’emporte.

Certes, cela ne permet pas forcément l’émergence de l’Art puisque les best-sellers sont coulés dans un moule stéréotypée et que de l’autre côté, le pédago l’emporte haut-la-main. Alors, oui, je compatis avec Vincent Cuvellier qui doit parfois se trouver bridé dans toute cette mélasse de l’immense champ de la littérature jeunesse.

Ce qui m’amène à cette question : est-ce vraiment parce qu’il y a trop de prof dans les auteurs qu’on en est là ou est-ce parce que les éditeurs ont des exigences dans ce sens ?

Je pencherais pour la seconde hypothèse vu que les dits éditeurs sont tout de même les barrières entre l’auteur et le public, non ? Les éditeurs se dictent leurs lignes éditoriales. Les éditeurs font des choix de politique de marketing et de visibilité de leurs produits. Ils cherchent les niches, le coup à faire.

Côté jeunesse, le coup se situe auprès des enseignants, donc avec des objectifs pédagogiques. Ils attendent sans aucun doute des textes qui leur permettront de proposer des romans ou albums adaptés aux programmes scolaires. Donc ils veulent des auteurs qui écrivent des textes dans ce sens. La boucle est bouclée.

Pour les autres auteurs, il faut espérer passer un texte au bon moment. Cette fenêtre où certains éditeurs ont envie d’essayer autre chose, parce qu’ils en ont les moyens financiers, et que ce quelque chose est ce que l’on a écrit à ce moment.

Être au bon endroit, au bon moment. Tout est dans le timing.

La solution ? Peut-être continuer à écrire ce que l’on aime, que l’on soit enseignant ou tout autre, et espérer qu’un éditeur aura de l’audace, ou simplement envie.

ENJOY !